Par Cécile VAN DE VELDE
Qu’est ce qu’une « bonne politique » pour la jeunesse? C’était le thème de la toute dernière émission « Le temps du débat », sur France Culture, le 23 août 2024, animée par Mattéo Carenta. Notre titulaire de la Chaire, Cécile Van de Velde, y a participé en compagnie de Laurent Besse, maître de conférence en histoire, et de Ali Rabeh, maire de Trappes, initiateur à ce titre de dynamiques politiques de jeunesse au niveau local. Ensemble, ils sont revenus sur l’histoire des politiques de jeunesse en France, de leur officialisation sous Vichy jusqu’à leur extension au cours des années 60, pour mieux éclairer leurs contradictions et leurs impasses actuelles.
Des politiques paternalistes ?
On les « éduque », on les «anime », on les « insère », on les « réprime » : encore aujourd’hui, les politiques envers les jeunes en France restent marquées par un certain paternalisme, en prétendant savoir ce qui est le « mieux » pour « guider » la jeunesse, dans une pensée hiérarchique des âges. Rappelons d’emblée ce que les politiques « jeunesse » se sont construites, par définition, en marge des politiques « adultes », celles qui font référence : de ce fait, en France, elles tendent à cibler les 16-25 ans, et elles restent marquées par une réticence fondamentale à donner aux jeunes majeurs de moins de 25 ans les mêmes droits sociaux et politiques qu’aux adultes. Il faut noter que cette réticence a été réaffirmée lors de la pandémie, alors même que les besoins sociaux et économiques à cet âge de la vie se sont accrus. Le maintien de cette frontière d’âge peut nous interroger, quand presque tous les autres pays européens ouvrent désormais leurs droits sociaux dès 18 ans : même l’Italie, qui se caractérise depuis longtemps par des politiques plus familialistes et moins proactives qu’en France, a ouvert ouvert le droit à un salaire minimum -certes faibles- dès 18 ans, pour combler les trappes à pauvreté de cet âge de la vie. Hormis le système des Aides Personnalisées au Logement qui privilégie des aides directes et potentiellement ouvertes à toutes et tous, les politiques jeunesse tendent, en France, à privilégier des aides indirectes « ruisselant » du « haut » vers le « bas », et donc à donner aux parents qui aident leurs grands enfants (par exemple les parts fiscales pour les enfants majeurs à domicile), aux entreprises qui « intègreraient » les jeunes -sous forme d’aide à l’alternance ou de contrats spécialisés-, ou encore aux organismes locaux qui se destinent à « accompagner », « animer » ou « faire participer » les jeunes.
Un ministère vagabond
De ce fait, du fait de cette réticence fondamentale à ouvrir les droits sociaux dès 18 ans, les politiques jeunesse se construisent au gré de dispositifs ad hoc pour combler besoins sociaux successifs qui ont marqué cet âge de la vie. Ministère vagabond, qui vogue au gré des idéologies avec le Sport, avec l’Enfance et la Famille, ou plus récemment avec les Armées, le Ministère de la jeunesse se caractérise ainsi par un certain tiraillement entre de multiples dispositifs et de multiples institutions. Cet écartèlement la rend difficilement lisible, et surtout difficilement réformable. Guidés par une logique réparatrice, les dispositifs s’empilent comme dans un mille-feuille : souvent complexes et verrouillés par de multiples conditions d’accès, ils perdent de leur effet structurant sur les parcours de vie.
Restituer l’espoir
De ce fait, la question devient : comment bâtir de « bonnes » politiques jeunesse en France ? Comment aller au-delà des discours de campagne pour construire des mesures réellement structurantes ? La discussion se clôture par un appel à l’audace, pour restituer pour les jeunes ce qui leur fait le plus déficit : l’espoir. Il se trouve qu’en France, la jeunesse est désormais une minorité, à la fois démographique et politique, et face à un « pouvoir gris », il est difficile de faire valoir les droits à l’équité intergénérationnelle, à la survie financière, et à l’inclusion démocratique qui devraient être celui des jeunes générations -déjà soumis à tant d’adversité économique, environnementale et sanitaire. Il est temps de passer d’une logique de réparation ex post à une logique d’impulsion. Pour cela, il ne faudrait plus raisonner en termes de « mesures » partielles et ciblées en termes d’âge, mais mettre en place un vaste plan de mobilisation nécessairement multidimensionnel, activant en même temps plusieurs leviers fondamentaux pour la conduite des existences– sécurisation financière, ouverture des perspectives économiques et sociales, et inclusion démocratique.
Pour écouter l’émission au complet : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-temps-du-debat-d-ete/qu-est-ce-qu-une-bonne-politique-pour-la-jeunesse-7660938
Pour citer cet article : Van de Velde, C. (2024). Qu’est-ce qu’une « bonne » politique pour la jeunesse? Socioship.

